samedi 14 novembre 2015

Est-ce un soulèvement populaire limité ou une révolte palestinienne globale ?!

Par Rasha Abou Jalal

Il ne semble pas avoir de consensus palestinien à ce moment quand à savoir si les affrontements quotidiens entre les Palestiniens et l’armée israélienne sont un soulèvement populaire qui peut prendre fin à tout moment, ou une troisième révolte palestinienne qui a déjà commencé et qui se poursuivra pendant des années, à l’instar des deux révoltes palestiniennes précédentes, la première de1987 à 1993 et la seconde de 2000 à 2006.


28 octobre 2015 - Rassemblement à Gaza de soutien à l’insurrection 
palestinienne - Photo : Reuters//Ibraheem Abu Mustafa


Depuis la fin de la deuxième Intifada en 2006, des affrontements entre les palestiniens et l’armée israélienne sur les territoires palestiniens occupés ne se sont pas arrêtés mais avançaient à un rythme faible et intermittents, mais le jour du 1er octobre représente un progrès qualitatif, la révolte palestinienne s’est lancée rapidement pour atteindre des zones palestiniennes plus larges dans la Cisjordanie, Jérusalem, la bande de Gaza, les villes et villages palestiniens et dans le territoire de 48.
A la date du 26 octobre, 59 Palestiniens, dont 14 enfants et une femme enceinte, sont tombés en martyrs - selon un communiqué publié par le ministère palestinien de la Santé.

Nazih Abu Aoun un leader au sein de la résistance islamique Hamas a déclaré : « Le format de la révolution palestinienne actuelle n’a pas d’importance, mais ce qui est important c’est de continuer à l’alimenter afin de l’amener à devenir une révolte palestinienne globale et réelle. »

Abou Aoun a ajouté au journal Al-Monitor : « Les moyens que les palestiniens utilisent pour se défendre lors de cette révolte évoluent petit à petit, ils ont commencé par des jets de pierres, poignarder, piétiner et tirer sur les soldats israéliens, nous ne savons pas comment les choses vont évoluer. »

Il a expliqué que les violations israéliennes qui s’amplifient contre les Palestiniens en l’occurrence l’effraction et démolissions des maisons, les arrestations quotidiennes, le nivellement des terres, la montée de la violence des colons contre tout ce qui est palestinien et les incursions croissantes des juifs dans la mosquée Al-Aqsa, étaient toutes des facteurs qui ont favorisés de l’apparition de cette révolte.

Pour sa part, le secrétaire du Conseil révolutionnaire du mouvement Fath Amine Makboul a déclaré : « Actuellement nous ne pouvons pas juger si cette révolte est un soulèvement populaire limité et temporaire, ou est-ce les signes avant-coureurs d’une révolte palestinienne globale, celui qui le déterminera c’est le peuple palestinien qui s’est révolté contre l’occupation sans aucune décision prise par aucune faction palestinienne ».

Makboul a estimé que l’environnement « qui règne actuellement ressemble fortement à celui qui prédominait pendant les deux premières révoltes palestiniennes, avec une agression israélienne contre les Palestiniens sans répit, la colère de ces derniers qui grandissait, l’indifférence internationale qui persistait ainsi que la négligence et le manque d’intérêt des pays arabes à la cause palestinienne en raison de l’ensemble des conflits qui règnent dans les pays arabes. »

Le leader du mouvement du Jihad islamique Ahmed Mdallel, estime que le déploiement populaire palestinien dans de nombreux points de contact en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec l’occupation, et la montée des confrontations avec l’armée israélienne, contribuent fortement à transformer les événements actuels en une véritable révolte globale.

Mdallel a ajouté devant Al-Monitor : « Les palestiniens n’avaient pas d’autres choix que de se révolter, notre peuple a connu 20 ans de négociations futiles avec Israël, qui n’ont aboutit à aucun résultat palpable, et on assiste aujourd’hui à un réel stratagème israélien qui vise à diviser la mosquée Al-Aqsa dans le temps et dans l’espace entre les juifs et les musulmans. Ceci est totalement inacceptable. »

L’écrivain et analyste politique Talal Okal a déclaré pour Al-Monitor : « Je pense que nous sommes confrontés à un révolte populaire limitée, et ce qui se passe est un avertissement à Israël et un appel pour éviter une révolte globale, car les affrontements en cours sont menés par l’avant-garde du peuple palestinien et non pas le peuple tout entier. En dépit de cela, ces affrontements ont apportés des résultats impressionnants contre Israël, comment sera son impact si cette révolte d’élargie pour devenir un soulèvement global ? »

Il a expliqué que la révolte palestinienne actuelle fait face à des obstacles que n’ont pas connus les deux révoltes palestinienne précédentes, « car elle s’est déclenchée avec l’existence de l’Autorité palestinienne qui veut empêcher la résistance armée alors que cette contrainte n’a pas existé pendant la première Intifada, et en présence d’une division interne palestinienne qui tue les tentatives de mobilisation et les initiatives nationales contre l’occupation, et cette contrainte n’a pas existé non plus au cours de la deuxième Intifada. »

Le directeur du centre « El Atlas » des études israéliennes, Abdul Rahman Shehab constate également que les éventements actuels prennent la forme d’ un soulèvement populaire qui cherche à devenir une révolte globale par l’intensification des confrontations quotidiennes avec l’occupation.

Shihab a déclaré pour Al-Monitor : « Les Palestiniens ne sont pas pressés d’atteindre le statut d’une révolte globale. Ils essaient de tirer profit de leurs expériences passées dans les deux précédentes révoltes pour qu’il n’y ait pas de dérive vers une révolte sans objectifs précis. Par conséquent, nous croyons que les manifestants d’aujourd’hui sont ceux de la nouvelle génération. Cependant les personnes âgées et d’âge moyen qui ont vécu les deux précédentes révoltes sont réticentes à aller vers une nouvelle révolte avant de déterminer sa destination, et la position du système politique palestinien à son égard ».

Le conseil des ministres israéliens a annoncé le 13 Octobre la prise de « mesures offensives » pour rétablir le calme en Cisjordanie, Jérusalem et la bande de Gaza, où il a imposé des mesures répressives pour arrêter les opérations qui visent à poignarder et renverser (avec un véhicule) les soldats israéliens, notamment la démolition des maisons des auteurs de ces opérations.

L’écrivain et analyste politique Hassan Abdo a souligné devant Al-Monitor que les mesures de sécuritaires et répressives n’arrêteraient pas la révolution palestinienne actuelle : « Israël a tout essayé contre les Palestiniens auparavant, la démolition de maisons , la déportation et l’assassinat, mais tout cela n’a fait qu’augmenter la haine et de violence. »

Il a ajouté : « Israël échoue dans le contrôle de la révolution palestinienne par des mesures répressives et sécuritaires serrées, parce que cette révolte est une révolte populaire et aléatoire, et que les opérations contre les Israéliens, sont des opérations individuelles qui ne proviennent pas des organisations palestiniennes. »

Abdo a souligné que ce qui rend la révolution palestinienne forte et indestructible devant les mesures prises par Israël, est l’existence d’un état de consensus national en faveur de cette révolution, il a ajouté : « Même l’Autorité palestinienne n’a pas empêché ce qui se passe comme elle avait l’habitude de le faire , mais s’est tut et a laissé les gens exprimer leur colère, et cela est une véritable évolution dans sa position ».

Sous les obstacles précédents face à la révolution palestinienne actuelle, il met en évidence l’importante question : Combien de temps cette révolte va t elle durer ? Pour Talel Okal, cette révolution va durer aussi longtemps qu’elle sera soutenue par les factions palestiniennes, il a déclaré : « Cette révolte populaire va grandir et devenir une révolution populaire globale, et se poursuivra jusqu’à la réalisation de ses objectifs, notamment la fin de l’occupation. »

Selon Amine Makboul, quelques-uns des objectifs de cette révolte ont déjà été atteints, notamment l’intérêt que porte la Ligue arabe, l’Organisation des Nations Unies et les Etats-Unis à la cause palestinienne, à travers la tenue de la session d’urgence de la Ligue arabe pour discuter de la situation palestinienne le 13 Octobre, la visite du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon à Ramallah le 21 Octobre, et la réunion du secrétaire d’état américain John Kerry, avec le président palestinien Mahmoud Abbas à Amman le 24 Octobre.

Makboul convient avec Okal que l’objectif principal est de mettre fin à l’occupation et d’établir un État palestinien avec Jérusalem comme capitale.

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