lundi 25 août 2014

Le journal de Gaza du Dr Zouhair Lahna

Quand notre ami le Dr Zouhair Lhana, avec qui nous avons la chance de pouvoir communiquer tous les jours via Facebook, nous a envoyé ses chroniques quasi journalières relatant son quotidien de chirurgien à l’hôpital Shifa de Gaza, nous avons pris le parti de ne pas les publier immédiatement, mais de le faire à un moment, où elles seraient suffisamment nombreuses, pour constituer un récit chronologique permettant aux lecteurs de véritablement s’imprégner de ce que fut la réalité apocalyptique de l’assaut terroriste mené par l’agresseur fasciste sioniste mené contre la population de Gaza profondément affaiblie par un blocus immoral de 7 longues années.

Cet observateur privilégié qui a consacré tout son été, loin de ceux qui lui sont chers, pour venir en aide à la population martyre de Gaza emprisonnée par un monde complice de l’agresseur sadique, a permis à travers ses mots choisis, ses émotions parfois insoutenables écrites « à chaud », de nous livrer de la façon la plus humaine qui soit, une documentation exceptionnelle sur la barbarie sans pareille conduite à l’encontre des Palestiniens de Gaza mais aussi sur ses interrogations personnelles d’homme face à la l’horribilis marche du monde.

C’est un témoignage sans pareil et précieux qui restera pour l’Histoire.

Salutations fraternelles et merci à toi l’ami ; nous prions pour que Allah ta’ala accepte ton œuvre, magnifique, auprès de femmes et d’hommes, les Palestiniens, qui sont également très chers à notre cœur.

" En cette fin de nuit sans sommeil, j’aimerai bien qu’on m’explique ce qu’est le terrorisme. Parce que si ce que je vis tous les jours avec cette population civile tuée, déchiquetée, martyrisée, blessée et handicapée n’est pas du terrorisme alors il faudrait que je me trouve un autre lexique ou à défaut un autre univers. " Zouhair Lhana

Les chronique sont publiées de la plus récente à la plus ancienne.

Zouhair Lahna est chirurgien obstétricien, acteur associatif, ancien Chef de clinique des Universités de Paris VII et membre de Médecins Sans Frontières. Auparavant, il a participé à plusieurs opérations humanitaires à travers le monde: Afghanistan en 2001, Congo 2004, Jenine en 2006 et les guerres de gaza de 2009 et de 2014. 

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Massacre de Gaza… Que faire ?
21 août 2014

Que faire après avoir assisté à ce carnage ? A ces meurtres de civils et à la destruction de centaines de maisons ? Que faire après avoir vécu toute une guerre déséquilibrée avec les Palestiniens bombardés nuit et jour et terrorisés. Que faire après avoir vécu les blessures des corps et des âmes ? Les pertes des membres et des vies et d’avoir entendu les cris des mères, des enfants, des frères et des amis. Que faire après avoir vu des visages fermés et tristes ? Des yeux secs pour avoir trop pleuré ou des yeux qui refusent de se laisser aller. Et la question principale, c’est que faire pour eux ? Ou que faire pour nous autres ?


Le Dr Zouhair Lahna en compagnie de ses collègues à l'hoptital al-Shifa

A la vue des images de morts, des blessés et des ruines quotidiennes tourner en boucle sur toutes les chaînes satellitaires du monde arabe, et dans une moindre mesure, dans les télés occidentales, les gens pensent à aider, donner de l’argent, acheter des médicaments, envoyer des médecins et prier. Les gens sont sensibles à la défense du faible et qui en plus est sous embargo et occupation.

Alors les musulmans ont prié pour leurs frères et sœurs de Gaza, d’autres font des dons à des ONG et d’autres encore manifestent. Mais est-ce suffisant ? Est-ce satisfaisant ?

Les Palestiniens de Gaza viennent de vivre une épreuve très douloureuse mais combien intéressante. Pour la première fois, ils se sont vraiment battus pour leur dignité et disent avoir vaincu une armée puissante sur le terrain et sur le plan des valeurs. Il n’y a qu’à voir le nombre des victimes de part et d’autre et leur nature pour s’en convaincre. Ils sont prêts à aller encore plus loin et donner plus de leur sang et celui de leurs enfants afin d’obtenir des avancées après cette guerre. Le prix à payer est faramineux mais ils se disent prêts à le payer.

Les Palestiniens de Gaza ont compris, également, pendant cette guerre, que toutes les aides et supports qu’ils pouvaient attendre de leurs « frères » arabes et musulmans ne tiennent pas et qu’il ne faudra compter que sur eux-mêmes et sur l’aide de Dieu. Par conséquent, leur foi se retrouve renforcée, d’autant plus que cette guerre a eu lieu en grande partie pendant le mois de Ramadan. Ils considèrent que leurs martyrs et leurs blessés sont une rançon pour la dignité et la liberté.

Les Musulmans et surtout les Arabes devraient se poser cette fois plus que par le passé cette question : comment une armée puissante et dominatrice a-t-elle pu se permettre d’infliger une telle agression meurtrière envers une population civile sans défense ? Comment a-t-elle pu user d’armement disproportionné et de tonnes d’explosifs sur une population défendue par une résistance et non une armée régulière, et, qui plus est, avec des moyens très limités ?
Comment vont se sentir désormais les Musulmans puisqu’ils ont compris qu’il n’y a plus rien à attendre des puissants et du Conseil de Sécurité de l’ONU ? Et qu’à chaque agression israélienne, les pays occidentaux dominants ont toujours un parti pris pour le camp israélien ?

Quid des principes fallacieux qu’on a ingurgité sur les droits de l’homme, les droits des femmes et les droits des enfants ? Que devrait-on penser, désormais des Conventions de Genève, du droit international, du droit humanitaire et de toutes ces belles choses qu’on leur a fait miroiter et qui se sont évaporées ou écrasées sur les morts, les blessés et les ruines de Gaza ?

L’ONU : le machin comme disait De Gaulle !


Ces instruments ne sont faits que pour protéger les forts contre les faibles. Ceux qui ont enfanté "le machin", comme disait le Général De Gaulle en désignant l’ONU et tous ses satellites. Satellites sous forme d’organisations gouvernementales et non gouvernementales, mais qui ne sont en réalité que de la poudre aux yeux. Des éléments nombreux et plus clinquants les uns que les autres, usant de phraséologie, mais qui en réalité, ne sont que des chimères quand les peuples dits du Sud souhaitent en bénéficier.

Cette guerre asymétrique devrait pousser l’élite musulmane et surtout arabe, là où elle se trouve, à se poser les véritables questions sur son identité, sa culture et son devenir. Et inviter les pays occidentaux et les autres peuples à essayer de voir plus clair dans la composition de ce monde déséquilibré et dangereux.

Il est nécessaire de mettre nos convictions à plat, autrement le réveil risque d’être plus douloureux et le prix à payer pour les arabes sans doute faramineux, avec des guerres à venir et des ruines.

Poursuivre Israël ou un de ces généraux devant le Tribunal Pénal International est une entreprise qui paraît louable, cependant la faisabilité est loin d’être évidente avec des résultats hélas prévisibles. Enfin, le BDS peut donner certainement des résultats à court terme, les consommateurs peu avertis finissent par oublier et l’exportateur israélien avec l’aide des Européens trouvera toujours des subterfuges et réussira à vendre sa marchandise sous des labels de substitution. D’ailleurs la principale entrée d’argent d’Israël serait la vente d’armes justement utilisées dans le laboratoire de Gaza.

Finalement, à ceux qui souhaitent savoir ce qu’il faut faire pour Gaza, la réponse est de se demander ce que vous pouvez faire pour vous-même afin de sortir de l’aliénation culturelle et intellectuelle et recouvrer un jour la liberté, la vraie et surtout la dignité, celle qui impose le respect. Ce dernier ne s'octroie pas, mais se mérite.
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L’odeur de la mort

16 août 2014


L'odeur de mort continue à emplir le ciel de Chajaya à l'est de Gaza. Quartier qui a été surpris par l'invasion terrestre des soldats israéliens et leurs machines de guerre leur balisant la route. Il a payé un prix important en vies humaines et en destruction de biens. Les habitants ont été pris entre les messages qui ont été lancés de la part de l'armée criminelle de guerre israélienne pour qu'ils quittent leurs domiciles et les radios du Hamas qui les rassurent en leur faisant comprendre qu'il ne s'agit que de guerre psychologique. Les gens n'ayant aucun endroit où partir sont restés chez eux. Le déluge du feu qui les a surpris dans leur sommeil vers 2h du matin selon les habitants, ne leur a pas laissé le temps de quitter leurs domiciles, quand il y a eu une accalmie vers 5h du matin, les gens sont sortis de chez eux pour partir au loin par tous les moyens possibles, un certain nombre d'entre eux mourront dans les rues ou dans leurs domiciles, des centaines de blessés ne pourront jamais atteindre les hôpitaux faute d'accès aux ambulances, c'est ainsi que les habitants de chojaia ont du faire face aux affres de la guerre. Maintennant que le cesser le feu meme precaire est vigueur, ils rentrent voir ce qui reste de leurs demeures, recuperent si possible des affaires ou mettent des tentes a l emplacement de maisons ou il ne persiste qu un amas de pierres et de gravats.

Quand j'ai été à la maternité Harazine qui se situe a la limite du quartier martyrisé de Chajaya et qui a été juste bousculée par le destruction de plusieurs maisons aux alentours, perdant ainsi toutes ses vitres et quelques briques. L'odeur des canaux d'évacuation des eaux usées est pestilentielle, elle vous prend à la gorge dès votre arrivée, les conduits ont été éventrés par des missiles qui atteignent parfois plusieurs mètres sous terre. Des médecins qui habitaient loin n'ont pu venir lors du cessez-le-feu précaire, personne n'avait de nouvelles depuis le début de l'offensive. L'un d'eux raconte qu'il ne pouvait pas faire dormir ses enfants non plus. Allez chercher du pain et de quoi manger était devenu une entreprise dangereuse.

Un autre me raconte comment son domicile a été bombardé alors qu'il était au travail, sa femme d'origine ukrainienne a eu l'idée de mettre sa petite fille dans une bassine d'eau pour la rafraîchir. Il faisait tres chaud, il était 15h, leur voisin reçoit un coup de fil lui intimant de prévenir les voisins afin d'évacuer le domicile parce que ce dernier va être visé, le voisin prévient la femme qui sans hésiter, enveloppe sa petite dans une serviette, prend ses autres enfants et une petite valise ou la famille prévenante avait mis les choses précieuses (papier, argent, or, etc.) alors que d'autres familles sont sortis bredouilles. Quelques minutes plus tard, un petit missile préventif suivi d'un autre plus destructeur et la maison n'est plus qu'un vieux souvenir. Le médecin se demande pourquoi on a détruit sa maison, lui qui n'a rien à voir avec aucun groupe de résistance ni aucun parti. Mais il n'aura pas de réponse… il accepte comme tout le monde le destin et demande à Dieu une meilleure substitution de ce qui a été perdu. En fait dans les conditions de Gaza, chacun trouve qu'il y a plus affligé que soi, avec perte de membres de sa famille ou de biens. La foi et la relativité jouent un rôle important dans l'acceptation de ce qui arrive aux uns et aux autres.

Cette agression qui n'a que trop duré, reste meurtrière et destructrice. La population de Gaza ne se fait plus d'illusion sur les occidentaux et leur pack de droits et devoirs qui ne s'appliquent qu'aux plus faibles, et le soutien indéfectible à l'Etat criminel de guerre israélien et ce depuis 1948 passant par son non respect arrogant et flagrant de la fameuse résolution 242 etc. 

Par contre, il a été très déçue par ses frères arabes et surtout leurs dirigeants qui se sont également ligués contre elle.

Les palestiniens de Gaza ne comprennent pas qu'on puisse regarder des images insoutenables d'enfants déchiquetés et de jeunes démembrés et des quartiers brûlés, un véritable apocalypse, sans pour autant faire bouger les dirigeants arabes ou de dissuader les peuples à profiter sereinement de leurs vacances estivales. Sous le feu, ils se remettent à Dieu pour les sortir de cette épreuve qui s'est imposée à eux et également pour punir tous ceux qui ont voulu leur perte et leurs malheurs…

Cette guerre aura des circonstances néfastes sur les dirigeants arabes qui se sont mis de larges couches de leurs populations à dos. Cela prédît un deuxième round de ce qu'on a pu appeler le printemps arabe et qui reste inachevé. L'avenir nous le dira… mais les ingrédients de guerres civiles et dislocation d'états concoctés depuis des décennies sont présents, le génocide sur Gaza sans réaction adéquate sera vraisemblablement un désastreux catalyseur...
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Les femmes de Gaza


15 août 2014

“Assise au bord de son lit d’hôpital, tête baissée visage portant encore des stigmates de blessures et les yeux bouffis pour avoir trop pleuré, Chaïma enceinte de 7 mois, vient de perdre sa fille d’un an et demi suite à l’intrusion soudaine d’un missile dans son domicile alors qu’elle était à table avec sa petite famille. Son mari est en réanimation, son état reste critique.

Fatima est hospitalisée parce qu’elle présente un décollement de son placenta, elle attend un garçon. Pour le moment, sa situation est stable, alors on attend un peu tout en la gardant hospitalisée, même s’il n y a pas assez de place dans la maternité.

Depuis le début des bombardements de plus en plus intenses et éparpillés, les femmes enceintes ont peur, très peur, alors les contactions utérines sont plus fréquentes, les avortements augmentent ainsi que les accouchements prématurés ou tout simplement les femmes ne souhaitent pas attendre à la maison le début des contractions de peur de ne pas pouvoir parvenir jusqu’à la maternité sous les bombardements. Un état d’anxiété et d’insécurité entoure ces femmes enceintes. Mais elles n’ont pas à se plaindre outre mesure, on a l’impression qu’elles se sont fait une raison et vivent avec cette guerre disproportionnée qui les touche dans leur chair et leur intimité.

De l’autre côté de la salle, il y a Yousra, une femme enceinte également qui présente des blessures partout avec un visage encore tuméfié et bleuâtre par endroits, la quarantaine, cette mère de 7 enfants relate avec volubilité comment elle a pu s’en sortir avec tous les membres de sa famille de la destruction de sa maison, raconte parce qu’elle n’y croit pas encore, puisque les nouvelles de décimation de familles entières sont transmises tous les jours aux infos. Pour elle, le missile s’est introduit à la maison en les ratant de peu, pulvérisant ainsi les murs et pas les corps. Elle est contente, remercie Dieu de rester en vie pour s’occuper de ses enfants et essaie de rassurer autant que faire se peut sa voisine Fatima.

Lors de cette guerre, il arrive une histoire miraculeuse qui donne toute la signification du mot césarienne, c’est l’arrivée à l’hôpital d’Al Aqsa au sud de la ville de Gaza, d’une mamn enceinte en fin de parcours après une explosion de sa maison, mourante mais les médecins ont aperçu des mouvements dans son utérus. Une césarienne a été effectuée dans les urgences avec la naissance d’une petite fille. La mère a fini par décéder, malheureusement la petite fille prématurée qui a créé l'émotion est décédée à son tour une semaine plus tard.

Telles sont les affres d’une guerre contre les civils. Face à ces histoires vécues et tant d’autres, on est surpris par des intellectuels communautaires et faussaires pour reprendre l’expression de Pascal Boniface, qui envahissent toutes les ondes radio et télé et à longueur d’éditoriaux, trouvent des justifications au terrorisme d’une armée morale et sans éthique, des soutiens à la seule démocratie coloniale du Moyen-Orient, attisent et entretiennent la haine envers le Hamas et par glissement envers tous les habitants de Gaza, qui ne se laissent pas faire et ne se soumettent pas aux diktats du colonisateur et néanmoins usurpateur.

Pendant cette guerre, j’attendais le philosophe pop embedded dans un char Merkava israélien. Il n’a pas pu venir cette fois-ci, puisque l’offensive terrestre ne fut pas vraiment une promenade de santé pour l’armée la plus puissante du Moyen-Orient.”
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Drones tueurs... Call of duty , Gaza...

Photo : En direct de l’hôpital Shifa à Gaza, le chirurgien obstétricien marocain Zouhair Lahna continue de livrer au jour le jour son témoignage émouvant sur le quotidien de l’agression de Gaza par l’armée israélienne. C’est le 12ème témoignage reçu le 9 août. 

Les ravages des drones à Gaza!

 Elle voulait faire du pain à ses enfants, mais elle n’a pas d'électricité depuis deux semaines. La bonbonne de gaz est vide aussi. Alors sans réfléchir aux conséquences, elle s’est dirigée dehors vers le four traditionnel pour allumer le feu et faire du pain. Elle ne se souvenait pas que dans le ciel de Gaza circulait des drones, jour et nuit et à la recherche du moindre signe du feu qui pouvait renseigner sur un départ de missile. La fumée a été écrasée aussitôt par un missile tuant la bonne femme sur le coup. Le bruit de l’explosion a interpellé ses deux fils qui étaient dans les parages et dans un réflexe inconscient ils ont accouru vers leur mère. Un autre missile les a rattrapés les tuant sur le coup. Une bonne pêche pour le jeune homme ou la jeune femme qui pilote la console la drone, la machine tueuse, un destin pour cette femme et ses deux enfants et une tragédie pour leur famille. 

C’est ce que me raconte paisiblement un radiologue à la retraite quand je suis parti lui rendre visite en compagnie d’un collègue palestinien. Nous avons commencé à parler de la tragédie qui était en cours à Rafah. La femme victime de cette attaque de drone est sa soeur ou sa cousine, je ne me souviens plus exactement de leur lien de parenté. Et ce n’est pas fini. Quand les villageois se sont dirigés vers le cimetière pour les enterrer, d’autres missiles les ont visés. Alors ils ont déposé les corps et ce sont repliés, trente minutes plus tard, même scénario et ainsi de suite..

 Les drones, sont des engins de la mort utilisés par les puissants pour s’amuser sur les faibles qui ne possèdent pas des moyens pour les abattre, comme en Afghanistan, ou dans les zones tribales au Pakistan, ou encore à Gaza. C’est le principe des jeux de guerre dont le plus célèbre est "Call off Duty" ou "l’appel du devoir". Ce jeux, interdit au mois de 18 ans, où les morts ennemis, souvent des arabes, des musulmans et parfois des russes se font massacrés par des soldats ou des mercenaires tueurs et invincibles. Tel est l’esprit de la civilisation qui ne laisse aucun quartier à l’ennemi désigné après l’avoir déshumanisé. Il est bon alors à subir les pires des supplices sans remords ni regrets. Plus tard, le principal hôpital de la ville de Rafah a été d’abord bombardé, tout en demandant à son directeur de l’évacuer d’urgence de ses patients et son corps médical. Des tirs nourrit sur tout ce qui bouge dans la ville, y compris les ambulances ce qui a provoqué des centaines de morts et de blessés. Il ne reste plus qu’un petit hôpital avec deux salles de bloc opératoire pour accueillir les victimes de toute cette tragédie. 

Une armée dite civilisée du seul Etat démocratique et occidentalisé dans la région et qui agit avec une telle désinvolture à la disparition de l’un de ses capitaines en se vengeant de toute une ville, est juste invraisemblable. Mais, cet Etat porté à bout de bras pas les puissances occidentales et les lobbys ne croit plus à des règles de retenu. Il combat une population de terroristes avérée ou potentielle, des mères de terroristes, ou encore des enfants qui deviendront des terroristes. Alors, leur élimination maintenant ou plus tard cela n’a pas vraiment d’importance. Telle est la politique de la terre brûlée et des jeux de consoles tueurs préconisés par la civilisation. Une civilisation pareille même drapée des beaux principes n’est qu’un désastre pour l'humanité. Usant des mensonges, de dissimulation et d’une haine démesurée de l’ennemi, elle fait fi des lois naturelles de la guerre et de la retenu et ne conduira l’humanité spectatrice et passive que vers sa déchéance.

Zouhair Lahna, Gaza le 9 août Gaza.

 Zouhair Lahna Gaza 9 août 2014 A propos de Zouhair Lahna Zouhair Lahna, est chirurgien obstétricien marocain et acteur associatif. Ancien Chef de clinique des Universités de Paris VII et membre de Médecins Sans Frontières. Il a participé à plusieurs opérations humanitaires à travers le monde : Afghanistan en 2001, Congo 2004, Jenine en 2006 et les guerres de gaza de 2009 et de 2014

10 août 2014

Elle voulait faire du pain à ses enfants, mais elle n’a pas d'électricité depuis deux semaines. La bonbonne de gaz est vide aussi. Alors sans réfléchir aux conséquences, elle s’est dirigée dehors vers le four traditionnel pour allumer le feu et faire du pain. Elle ne se souvenait pas que dans le ciel de Gaza circulait des drones, jour et nuit et à la recherche du moindre signe du feu qui pouvait renseigner sur un départ de missile. La fumée a été écrasée aussitôt par un missile tuant la bonne femme sur le coup. Le bruit de l’explosion a interpellé ses deux fils qui étaient dans les parages et dans un réflexe inconscient ils ont accouru vers leur mère. Un autre missile les a rattrapés les tuant sur le coup. Une bonne pêche pour le jeune homme ou la jeune femme qui pilote la console la drone, la machine tueuse, un destin pour cette femme et ses deux enfants et une tragédie pour leur famille. 

C’est ce que me raconte paisiblement un radiologue à la retraite quand je suis parti lui rendre visite en compagnie d’un collègue palestinien. Nous avons commencé à parler de la tragédie qui était en cours à Rafah. La femme victime de cette attaque de drone est sa soeur ou sa cousine, je ne me souviens plus exactement de leur lien de parenté. Et ce n’est pas fini. Quand les villageois se sont dirigés vers le cimetière pour les enterrer, d’autres missiles les ont visés. Alors ils ont déposé les corps et ce sont repliés, trente minutes plus tard, même scénario et ainsi de suite... 

Les drones, sont des engins de la mort utilisés par les puissants pour s’amuser sur les faibles qui ne possèdent pas des moyens pour les abattre, comme en Afghanistan, ou dans les zones tribales au Pakistan, ou encore à Gaza. C’est le principe des jeux de guerre dont le plus célèbre est "Call off Duty" ou "l’appel du devoir". Ce jeux, interdit au mois de 18 ans, où les morts ennemis, souvent des arabes, des musulmans et parfois des russes se font massacrés par des soldats ou des mercenaires tueurs et invincibles. Tel est l’esprit de la civilisation qui ne laisse aucun quartier à l’ennemi désigné après l’avoir déshumanisé. Il est bon alors à subir les pires des supplices sans remords ni regrets. Plus tard, le principal hôpital de la ville de Rafah a été d’abord bombardé, tout en demandant à son directeur de l’évacuer d’urgence de ses patients et son corps médical. Des tirs nourrit sur tout ce qui bouge dans la ville, y compris les ambulances ce qui a provoqué des centaines de morts et de blessés. Il ne reste plus qu’un petit hôpital avec deux salles de bloc opératoire pour accueillir les victimes de toute cette tragédie. 

Une armée dite civilisée du seul Etat démocratique et occidentalisé dans la région et qui agit avec une telle désinvolture à la disparition de l’un de ses capitaines en se vengeant de toute une ville, est juste invraisemblable. Mais, cet Etat porté à bout de bras pas les puissances occidentales et les lobbys ne croit plus à des règles de retenu. Il combat une population de terroristes avérée ou potentielle, des mères de terroristes, ou encore des enfants qui deviendront des terroristes. Alors, leur élimination maintenant ou plus tard cela n’a pas vraiment d’importance. Telle est la politique de la terre brûlée et des jeux de consoles tueurs préconisés par la civilisation. Une civilisation pareille même drapée des beaux principes n’est qu’un désastre pour l'humanité. Usant des mensonges, de dissimulation et d’une haine démesurée de l’ennemi, elle fait fi des lois naturelles de la guerre et de la retenu et ne conduira l’humanité spectatrice et passive que vers sa déchéance.
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Attaque de Gaza : une destruction des maisons mais pas de la volonté !

zouhair lahna

5 août 2014

Cette guerre n’est pas seulement meurtrière mais elle est destructrice des maisons et des foyers. Elle a occasionné le déplacement de 44% de la population de Gaza vers des zones intérieures, loin de l’Est et du Nord de la bande. Cette population, considérée comme ennemie, indésirable, inférieure, n’a eu que peu d’égard de la part d’une armée morale et démocratique nous dit-on.

L’armée lance des messages ou les envoie sur les téléphones mobiles afin que les habitants quittent leurs maisons dans tous les quartiers comme c’est le cas de : Chajiia, Beit Hanoun, Beit Lahia, Jabalia, Kouzaa. Les dégâts sont monstrueux et ce n’est certainement pas le moment de faire des inventaires. Ceux qui n’ont pas été morts ou blessés lors des raids emplissent les zones plus sures, loin de celles des combats directs.

Mais, rien n’est sûr à Gaza à cause des bombes lancées par des drones ou les destructions de maisons par des missiles qui viennent des avions F16, ou encore des tirs de tanks voire des bâtiments de guerre maritimes. Bref, l’atmosphère à Gaza sent la mort et l’insécurité.

Les SMS de Tsahal

Il arrive que l’armée qui connait via ses services secrets les numéros de téléphones de tous les habitants, envoie un message sur leurs mobiles des habitants pour les prévenir que la maison va être détruite dans trois minutes par exemple, juste le temps et encore de courir dehors. Vous imaginez bien la scène de panique surtout quand il y a des enfants en bas âge (ce qui est souvent le cas) ou des personnes âgées ou handicapées.

Parfois pour ne pas les déranger, l’armée sioniste détruit la maison sur ses habitants pendant leur sommeil ou les repas. C’est pour cela que le nombre de familles tuées en entier est impressionnant. Les dirigeants de cette armée se justifient sans sourciller que les familles exterminées vivaient sur un stock d’armes ou sur un tunnel. Idem pour la raison de destruction des bâtiments publics, des mosquées voire même des hôpitaux.

L’ennemi désigné comme terroriste doit être éliminé. La population qui le soutient ou qui se laisse faire n’a pas droit non plus à de la considération. Les plus forts établissent des vérités, les répètent par l’intermédiaire de leurs médias dominants de par le monde. Le soutien des pays démocratiques occidentaux et de leurs opinions publiques est acquis et le tour est joué.

Par conséquent, tous les coups sont permis pour, nous dit-on, assurer la sécurité des habitants. Alors tout le monde libre et des droits de l’homme regarde comme dans un film Hollywoodien la punition des récalcitrants auxquels tout a été subtilisé, hormis une dignité et un esprit de résistance.

La population déplacée de Gaza a trouvé refuge chez les familles et les connaissances. L’accueil est assuré même par des inconnus qui leur ont ouvert leurs portes.

Les écoles de l’ONU : la sécurité théorique !

Les familles, les plus pauvres, se sont repliées vers les écoles de l’ ONU considérées, théoriquement comme des espaces sécurisés. Or, trois d’entre elles ont été visées faisant des dizaines de morts et de blessés. Les familles de chajia venues au début avec leurs morts ou blessés n’avaient plus où aller, alors ils sont restés à l’hôpital.

Chaque famille essaie de trouver un endroit pour mettre un matelas pour pouvoir se reposer et dormir. D’autres familles ont choisi de s’installer dans les couloirs de l’hôpital Shifa.

Quant aux femmes, elles payent un prix supplémentaire pendant cette tragédie. En effet, ayant perdu, leurs maisons et parfois leurs fils, leurs maris ou frères, elles doivent faire face à cette nouvelle agression sur leur féminité et leur dignité. Petit à petit, les familles se sont procurées des draps et ont procédé à la mise en place de séparations de fortune pour préserver un semblant d’intimité. C’est l’été, il y a en a qui vont au camping pour changer d’air. Le camping s’est imposé aux Palestiniens des quartiers sinistrés de Gaza…

Devant le logement sommaire qui m’a été réservé par l’hôpital, dans un service d’hospitalisation, une famille s’est installée avec ses enfants. Le père me racontait qu’il avait des terres avec des centaines d’oliviers et plusieurs maisons. Le matin, il s’est réveillé et n’a trouvé aucun olivier épargné par les engins de l’armée . Un peu plus tard dans la journée, c’est sa maison qui a été détruite à coup de canons au quartier de Chajia. Il a décidé alors de fuir avec sa femme et ses enfants vers la zone de Zaitoune, mais les tirs des chars l’atteignent. Même situation d’insécurité dans la maison de son fils, alors il se retrouve au centre de Gaza.

Alors, il passé 4 heures à chercher à louer un appartement, mais sans résultat. Le soir, il s’assoit par terre, entouré de sa famille dans un coin de l’hôpital, comme n’importe quel mendiant. Il a su garder son fairplay en me disant que c’est même mieux parce que l’hôpital est l’endroit le plus sûr, quoi que pas mal d’entre eux ont été visés. Et il y a de l’eau et de l’électricité grâce aux générateurs. Ce qui est un luxe parce que le plupart des appartements n’ont plus ni eau ni électricité.

Ces services de base ne sont disponibles que pour 3 à 4 heures par jour ou pas du tout selon les endroits à Gaza. Tels sont les affres collatéraux de la guerre sur un peuple patient et qui s’en remet sans cesse à Dieu. Les palestiniens de Gaza sont mis à rude épreuve et personne n’a été épargné. Ils se disent que le monde dit civilisé qui regarde ce carnage sans broncher n’a désormais qu’un seul œil…

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Dr Mads Gilbert et le Dr Zouhair Lahna

En dépit de langues parlées différentes, quand deux hommes partagent le même humanisme, ils se comprennent si bien !

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Gaza : "Ceux qui n’ont rien, qui ont peur restent à l’hôpital"

4 août 2014


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Gaza : Un miracle au milieu d'une nuit sanglante


31 juillet 2014

Il m’a été difficile d’imaginer une journée et surtout une nuit de l’Aïd aussi difficile. Dès la fin du cesser le feu dans l’après-midi, nous avons reçu les nouvelles inquiétantes et révoltantes de l’attaque aérienne d’un parc de jeux pour enfants. Bilan : 10 morts et 30 blessés dont l’état de blessure varie entre moyen et compliqué. L’hôpital Shifa a été visé également, ce qui a provoqué des inquiétudes dans mon entourage aussi bien à Gaza qu’au Maroc. Mes amis m’ont appelé pour savoir où je me trouvais et ma mère s’est mise dans tous ses états.

Je suis à Khan Younes et j’ai dû appeler et rassurer ma mère lui rappelant que le destin ne pourrait pas nous rater la où on se trouve que ce soit sur son lit ou dans sa voiture. Certes, il pleut des bombes à Gaza, mais je ne me sens pas différent de tous ces palestiniens hommes, femmes et enfants qui vivent au quotidien cette attaque sioniste.

Une nouvelle nuit sanglante

A la tombée de la nuit, nous avons reçu l’information que les combattants de la résistance ont tués plusieurs soldats de l’armée sioniste. Les médecins savent qu’il allait y avoir sûrement des représailles, mais pas de l’intensité que nous avons pu vivre aux urgences et au bloc opératoire.

Les sirènes des ambulances ont retenti toute la nuit. J’ai dû participer aux opérations de deux patients. Des jeunes hommes qui se trouvaient devant une épicerie qu’une bombe provenant d’un drone a pulvérisé faisant trois morts sur le coup et plusieurs blessés. Conséquence: jambe amputée, des vaisseaux rompues, des hémorragies externes et internes, et ce sans parler des multiples fractures.

L’intervention de plusieurs médecins est souvent nécessaire pour sauver un patient sans parler de perfusions, de transfusions et de médications. Tant d’efforts pour sauver un jeune homme qui achetait du pain. Quelle tragédie!!!!

Donner tout pour sauver une enfant

Mais je ne suis pas au bout de mes peines nocturnes, je me suis allongé un peu vers une heure du matin. Peu de temps après, Haidar, mon ami anesthésiste, vient me réveiller pour me parler du cas d’une petite fille retirée sous les décombres d’une maison, vivante mais inconsciente. Elle présentait un saignement vaginal. A l’examen de son corps, je me rends compte vite qu'elle a une hémorragie interne et certainement des blessures graves dans son petit ventre. Les enfants de part leur innocence nous marquent énormément. Nous étions une équipe de cinq chirurgiens et deux anesthésistes à s’occuper de la petite fille sans identité. Sa grande mère, le ventre explosé, se faisait, pour sa part, opérer parallèlement dans l’autre salle.
Plus de trois heures d’intervention ont été nécessaires pour s’occuper de la jeune fille. Quelle a été ma joie, le matin, quand j’ai su que la petite Roa allait bien. Elle a pu me parler, me donner son nom, en plus ses parents étaient présents à ses côtés. Telles sont les miracles de cette guerre et les épreuves que subit le peuple de Gaza.

Malgré les épreuves, ma place naturelle est à Gaza. D’ailleurs, J’ai pris contact avec mes collègues pour me faire remplacer en France. Je sens que ma place est avec les médecins palestiniens qui font de leurs mieux pour réparer les dégâts d'une armée inqualifiable.

Plus tard, il faudra vraiment se poser la question du pourquoi cette tragédie filmée en direct par les chaînes de télé du monde? Pourquoi les dirigeants du monde, dit civilisé, accepte cette situation et pourquoi ceux du monde arabe ont perdu leurs langues ? Les peoples issus de la démocratie ne s’émeuvent que peu ou pas du tout? Et où sont passés tout d’un coup les ONG des droits de l’homme et les autres donneurs de leçons ? Panser les blessures est bien, les prévenir serait certainement mieux.

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Gaza : Khan Younes, une sérénité déconcertante face au destin de la mort.

29 juillet 2014

Profitant du cesser le feu de 24h, j’ai décidé de partir vers la ville martyrisée de Kahn Younes, au Sud de la bande de Gaza. Le chauffeur de l’ambulance du ministère de la santé qui m’a accompagné a pris la route côtière, la beauté de la mer et le calme contraste avec la tristesse enveloppante. La route est presque vide parce que personne ne fait confiance a un ennemi qui ne la mérite plus.

Je n’étais pas bien tout le long du chemin. Mon arrivée à Khan Younes et la vue de la population dans les rues ont été un véritable soulagement pour moi. Une fois à l’hôpital, j’ai été accueilli par son directeur, un chirurgien courtois, et mon mon ami Haidar, anesthésiste avec lequel j’ai travaillé l’année dernière. Sa maison a été détruite. il a dû confier son épouse et ses enfants à sa belle famille. Il ne quitte plus l’hôpital de Nasser où il est de garde tout le temps.

Récits poignants

Nous avons effectué ensemble une visite des malades rescapés de le démolition de Chajia. Leurs récits sont poignants, comme celui d’un enfant de six ans qui est resté coincé 6 jours sous les décombres de sa maison. Même s’il était blessé au ventre et au bras, il a eu la présence d’esprit ou l’instinct de survie qui l’a guidé à boire un peu d’eau et de manger les quelques aliments qui se trouvaient à sa disposition jusqu'à l’avant dernier cesser le feu de midi. L’intervention des sauveteurs a permis de le trouver encore vivant de le sauver par miracle.

Une autre histoire émouvante. Celle de ce couple, dont la femme a été blessée et ne pouvait plus marcher et qui ont dû patienter sous escorte de l’armée sioniste pendant cinq jours sans aucune alimentation. Un autre enfant de trois ans a pu survivre, pour sa part, à une balle tirée par un sniper, qui lui avait traversé le corps. Il y a encore ce jeune de 21 ans victime d’un tir direct d'un drone qui lui a tranché les deux jambes.

Autant de récits poignants qui nous glacent le sang et révèlent la foi inébranlable qui permet a ces Palestiniens de Gaza d’accepter le destin avec une sérénité déconcertante.
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Gaza: On ne fuit son destin que vers son destin

27 juillet 2014

Mes collègues palestiniens sont inquiets pour eux même et leurs familles, mais continuent de travailler. Ils prennent au quotidien les rares transports en commun, les taxis ou en utilisant leurs propres voitures, ce qui est plus dangereux. Les voitures, fournissent à l’armée sioniste un objectif de tire facile. 

Avant de sortir pour leurs gardes, ils saluent leurs enfants et leurs femmes parce qu’ils ne savent pas s’ils allaient se retrouver ensemble encore une fois. 

Je suis admiratif, au jour le jour, du corps médical palestinien mais surtout des femmes médecins, des sages femmes, des infirmières et des femmes de ménages du bloc opératoire. Elles quittent aussi leurs enfants et viennent travailler malgré les conditions de guerre. 

Les absents ne viennent à l’hôpital juste qu’en cas de force majeur notamment le décès d’un membre de la famille. Même ceux qui ont perdus leurs domiciles ou ils les ont quittés volontairement quand leurs quartier sont bombardés intensément marquent leur présence au quotidien dans l’hôpital Shifa. 
On ne fuit son destin que vers son destin 

Hier matin, j’ai vu une femme médecin ukrainienne qui s’apprête à partir parce que sa fille ne dort pas depuis plusieurs jours. Elle fait partie des étrangères qui ont épousé de palestiniens lors de leurs séjours d’études dans les pays de l’Est. Ce médecin s’est bien adaptée à la société palestinienne musulmane en parlant très bien l’arabe et en adoptant le mode de vie palestinien et le destin de ce peuple courageux. Le hic est que cette ukrainienne est originaire d’une ville qui est actuellement en proie également à des troubles. 

Le destin de ce médecin ukrainienne, me fait penser à une histoire qui se raconte ici à Gaza. Au début de l’agression, il paraît que 4 canadiens et une ressortissante de Philippines ont été évacués à Erest vers Tel Aviv. Ces étrangers ont pris ensuite l’avion malaisienne qui s’est écrasée au dessus de l’Ukraine. 

Morale de l’histoire : on ne fuit pas son destin. Autrement dit, on ne fuit son destin que vers son destin. Cette histoire est racontée avec les palestiniens avec détachement. Ils ont une foie à toute épreuve qui leur donne du courage pour défier la mort. 

En continuant ses bombardements et ses crimes, l’agresseur super-armé, qui n’est qu'un pharaon des temps modernes, se trouve ridiculisé devant cette foie inébranlable du peuple palestinien. Quant au monde, dit libre, il est devenu anesthésié. Il ne bouge presque plus et accepte l’inacceptable. Ce monde est abreuvé par la désinformation organisée des médias mainstream. Les peuples des pays démocratique n’ont de l’opinion publique que ce qui leur a été servi et répéter Ad Nauseum. 

Les palestiniens croient, de moins en moins, à ce qui peut venir des autres. Alors, il ne comptent que sur eux même en acceptant ce massacre en live. Tous les discours de droits de l’homme et de la liberté sont à remettre dans le fond d’une poubelle. 

Devant des innocents qui meurent devant moi chaque jour et qui viennent en majorité déchiquetés, les mots et les discours n’ont plus de sens. La barbarie est en action mais drapée de démocratie et de légitime défense par des hommes et des femmes en tailleur sur des tribunes de la manipulation.

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Gaza : Le véritable terrorisme est celui de l'armée sioniste


28 juillet 2014

Il est 2h00 du matin, je suis au bureau jouxtant la direction de l’hôpital Shifa, où je peux me connecter sur le net. Dr Abou Rich, le pédiatre chargé de mission du ministère criait au téléphone en discutant avec le représentant du Croissant/Croix Rouge à Gaza. Un de ses ambulanciers est décédé et l’autre est blessé suite à une attaque de l’armée sioniste sur leur véhicule qui allait chercher des patients. Il criait parce qu’il y avait une coordination préalable par l’intermédiaire de l’organisme helvétique.

C’est le septième ambulancier décédé depuis le début de cette agression. Dr Abourich n’est pas au début de ses ennuis. Il est averti, quelques minutes plus tard, que l’hôpital du Beit Hanoun a subi des tirs nourris par des missiles et des roquettes. Il rappelle la Croix Rouge pour les alerter et leur demander d’intervenir puisqu’il s'agit du quatrième hôpital visé. Est-ce qu’il s’agit du message qu’on a souhaité lui transmettre puisqu’il n’a pas cessé, ces derniers jours, de demander via la presse d’épargner les éléments des équipes de sauvetage et de soins, d’ouvrir les points de passage afin que le corps médical soit en mesure de fournir des médications et des consommables médicaux et de laisser passer les médecins qui souhaitent venir prêter mains fortes a leurs confrères épuisés et parfois dépassés ?

Pas le temps pour le repos

Epuisé par la fatigue et la faim, je suis sorti pour me diriger vers le logement modeste mis à notre disposition à l’hôpital. Surprise : je vois un arrivage de plusieurs ambulances. Les blessés sont évacués à vive allure, je me suis retrouvé gants aux mains à examiner des patients.

Aux soins intensifs, un jeune médecin masse un vieux sexagénaire, un autre lui donne une respiration par ballon après intubation. Hélas, le patient livide n’avait plus de pouls. En examinant le corps, c’est un petit projectile de quelques millimètres qui a traversé le thorax juste au dessus de l’emplacement du coeur. On arrête tout, il n y a plus rien à faire, les infirmiers le mette dans un sac et évacue la place en toute vitesse.

A côté de lui une petite fille ensanglantée, hurlant de douleur. Je me précipite vers elle en compagnie d’un infirmier. Je l’examine, elle a des blessures sur ses membres inférieurs, son ventre et le thorax. Heureusement aucune de ces blessures n’est pénétrante, son ventre est souple. Elle va s’en sortir, il faut juste lui mettre un peu de kétamine pour la soulager et la calmer. Son père allongé à côté d’elle a le même type de blessures mais une ou d’eux ont l’air pénétrantes. L’échographie est normale, mais il faudra lui faire passer un scanner avant de le conduire, peut être, au bloc opératoire. Bref, ses jours ne sont pas en danger et encore, tant que cette guerre continue, personne n’est en sécurité.

Un peu plus tôt dans la soirée, un automobiliste a essayé de ramener des blessés dans sa voiture. Malheureusement, sur le chemin, c’est lui qui a perdu la vie carbonisé suite à une attaque d’un drone. Je sens que la barbarie rode partout sur le ciel de Gaza, cette barbarie terrorise surtout les enfants.

En cette fin de nuit sans sommeil, j’aimerai bien qu’on m’explique ce qu’est le terrorisme. Parce que si ce que je vis tous les jours avec cette population civile tuée, déchiquetée, martyrisée, blessée et handicapée n’est pas du terrorisme alors il faudrait que je me trouve un autre lexique ou à défaut un autre univers.

Témoignage d'une famille palestinienne recueilli par le Dr Lahna



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A Gaza, Israël n’épargne ni écoles, ni mosquées ni hôpitaux !

25 juillet 2014

Chaque jour apporte son lot de malheurs et d’interrogations. Cet après-mi du 23 juillet, l’école de l’ONU, où se réfugie les palestiniens déplacés a été visée à son tour par un missile. Le nombre de morts et de blessés est important. D’ailleurs, les chiffres n’ont plus d’importance pour cette machine de guerre. Ces palestiniens ont dû quitter leurs domiciles qui se trouvent dans la zone de combats vers un endroit censé être sécurisé parce qu'il appartient à un allier ou soi-disant un organisme neutre, bien que personne n’y croit plus.

Peut être cette attaque n’est rien d’autre qu’un message à des gens doués d’intelligence. Après les hôpitaux, les mosquées et maintenant c’est le tour des écoles. C’est pour dire aux Palestiniens qu’il n’y a pas vraiment d’endroit sûr à Gaza. La mort frappe ceux qui devaient partir quelque soit l’endroit où ils se trouvent. Et comme les Palestiniens de Gaza lisent le Coran, ils connaissent bien cette maxime : après les cris et les déchirements de circonstance, les coeurs s’apaisent et se remettent à Dieu et à sa puissance.
Images de désolation

A l’accueil des urgences, les ambulances arrivent dans un bruit strident et un ballet incessant. Les cameramans et les photographes se ruent aux abords de la porte afin de prendre les images de la désolation et transmettre la douleur du peuple palestinien meurtri.

Je me suis occupé avec le Dr Mads Guilbert d’une vieille dame qui avait du mal à parler. Elle ne pouvait pas bouger ses jambes. Après diagnostic, nous avons trouvé une plaie dans le bas du dos, certainement un projectile qui lui a sectionné la moelle. Elle avait mal et cherchait ma main afin de la serrer du mieux qu’elle pouvait. Il y avait dans le urgences un vacarme impressionnant et es patients partout. Les urgentistes essayent de s’occuper du plus grave et du plus urgent. Les plaies de cette grand-mère peuvent attendre. Cette dame dont le cas est considéré non urgent devra monter au service et attendre encore un peu.

De l’autre côté, une fillette de 6 ans pleure de douleur. Elle a certainement le femur cassé. Pour la calmer, il faut lui administrer des sédatifs. Elle passera au bloc opératoire plus tard. Un jeune homme, la jambe arrachée et la conscience perdue, est admis aux soins intensifs. Il est sauvé in extremis et ira par la suite au bloc opératoire également.

En descendant les escaliers du bloc, on aperçoit les familles, ou ce qu’il en reste, avec des visages fermes et parfois larmoyants. Elles attendent des nouvelles de leurs proches sur la table du bloc opératoire. Tel est le quotidien de Gaza, dur pour ceux qui sont frappés de plein fouet dans leur chaire. Un quotidien aussi compliqué pour ceux qui ont perdu ou quitter leurs maisons. Les familles s’entassent à 40 ou 50 dans des appartements. Certaines dorment dans les couloirs de l’hôpital Shifa ou dans les mosquées et les écoles... au péril de leurs vies.
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Gaza : Où sont passés Médecins Sans Frontières et consorts ?

24 juillet 2014

Après le quartier de Chajia à l’est de Gaza, c’est au tour du quartier de Khouzaa à l’est de Khan Younes de se faire attaquer sauvagement avec des tirs de roquettes, des avions et des snipers au-dessus des toits. Selon les témoignages, la population fuit comme elle peut. Les Palestiniens sont en colère mais restent solidaires et patients.

Après une réunion ce matin avec les médecins, mon collègue Abou Arab devrait se rendre à l’hôpital al Aqsa qui a été bombardé il y a quelques jours et pour ma part, à l’hôpital Nasser à Khan Younes. J’ai un ami anesthésiste qui y travaille actuellement et d’autres du Croissant Rouge palestinien. Des amis dont j’ai eu l’occasion de faire connaissance lors des dernières agressions sur Gaza. Les conditions de voyage même en ambulance sont difficiles. Alors, je compte attendre jusqu’à demain inchallah pour faire le déplacement.

Opérations de sauvetages sont très compliquées

Les témoignages des secouristes et des personnes qui ont fuit les massacres vers des endroits plus cléments sont très durs. Il reste clairement des cadavres sous les débris des maisons qui ont été détruites. Même si la Croix Rouge essaie d’organiser des trêves pour évacuer les patients et les victimes, cette solution n’est pas évidente. Et pour cause, il faut des pelleteuses afin de pouvoir faciliter l’accès au quartier de Khouzaa. Or, c’est impossible d’assurer cette opération de sauvetage à cause des attaques et des tirs de l’armée sioniste.
J’aimerai bien entendre Bernard Kouchner, le fondateur de la machine Médecins Sans Frontières et ses couloirs humanitaires ou encore ses droits et devoirs d’ingérence. Que des fumisteries qui servent les puissances dominantes au nom de l’altruisme et de l’humanisme. Ce n’était, hélas, que de l’escroquerie humanitaire dans laquelle nous sommes tous tombés étant plus jeunes et naïfs. La mise à l’épreuve permet certainement un éveil des consciences, pourvu que celles-ci reste éveillées et libres.

Représentants des Marocains, des Maghrébins à Gaza

Je suis devenu par la force des événements le représentant des Marocains, voire des Maghrébins, dans cette sinistre guerre asymétrique. J’ai reçu un nombre impressionnant de demandes d’ajout sur mon compte Facebook que j’accepte bien évidemment parce que ce désir de connexion émane de coeurs sensibles et de personnes blessées et préoccupées par le sort des Palestiniens, en premier lieu à Gaza. Merci pour votre soutien et vos messages de soutien.

Quant aux Palestiniens, médecins ou non, ils m’accueillent avec chaleur et bonté. Ils regrettent souvent de ne pas pouvoir m’inviter comme ils auraient pu le souhaiter. Certes, la guerre est douloureuse mais elle fait sortir le meilleur ou le pire d’eux même. A Gaza, il y a tellement de bons sentiments que le poids de ce que nous sommes en train de vivre devient supportable.
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"Au quotidien je cherche les morceaux de bombes qui se sont logés dans les intestins des enfants de Gaza".
En direct de Gaza, le docteur Zouhair Lahna témoigne
Au milieu, Zouhair Lahna, chirurgien obstétricien marocain 

21 juillet 2014

"En temps normal, je suis un chirurgien gynécologue. D’ailleurs, j’avais prévu d’animer au profit du corps médical palestinien une formation en laprascopie et en chirurgie pelvienne à l’hôpital de Rafah en août prochain. Cependant, l’attaque de l’armée sioniste ne m’a pas laissé le temps de passer un Ramadan paisible ni d’assurer l’assistance liée à mon domaine d’expertise et à ma spécialité au profit des médecins palestiniens.

A cause de l’agression israélienne sur Gaza, je suis devenu par la force des choses un apprenti urgentiste qui porte les blessés, nettoie les blessures, défait les habits ou plutôt les déchire pour pouvoir accéder et soigner les corps martyrisés. A l’hôpital international européen Shifa, je cherche au quotidien les morceaux de bombes qui se sont logés dans les intestins des enfants. Quand aux médecins palestiniens, au fil des agressions, ils ont acquis une bonne et malheureuse expertise dans la chirurgie de guerre où un patient peut subir l’intervention de plusieurs chirurgiens simultanément en présence d’anesthésistes, sans parler des infirmiers, des médicaments et du sang qu’il faudra lui administrer.

Les blessures sont souvent graves et multiples. Dès que le blessé arrive, nous essayons de le sauver mais sans acharnement. La mort bien que douloureuse est acceptée comme un destin, une élévation, un sentiment très difficile à faire comprendre ou accepter par les non croyants. Les déchirures des familles sont perceptibles mais finissent par accepter cette mort causée par une armée et non pas une colère de la nature.

Nous vivons l’histoire à Gaza

Je suis arrivé à Gaza le dimanche 13 juillet, soit quelques jours après le début de la sinistre agression. Je suis arrivé en compagnie du docteur norvégien désormais célèbre Mads Guilber et de deux médecins palestiniens d’Europe : Abou Arab de Norvège lui aussi et Abdine d’Angleterre..
Après des difficultés de passage dans le Sinae, devenue zone militaire, nous avons eu de la chanche d’entrer dans la bande de Gaza après seulement deux jours d’attente.

Jusqu’à présent et à ma connaissance, nous sommes les seuls médecins venus de l’extérieur après le début de l’agression israélienne qui ont pu entrer à Gaza. Les autres collègues qui sont venus en renfort ont été bloqués. Nous avons le sentiment de vivre un tournant de l’histoire. Nous sommes dans l’histoire. Ce n’est pas évident d’expliquer ce constat.

Ce combat de David contre Gholiath est surprenant. Quelque soit notre point de vue sur le Hamas et sa politique, nous sommes devant un peuple qui réagit sobrement à une guerre injuste et une agression disproportionnée. Cette acception du destin est sidérante.

Depuis deux jours, l’hôpital Shifa est considéré à tort ou à raison comme sécurisé (safe), par conséquence, il est assailli par les habitants du quartier de Cha’jia. Les femmes, les enfants et les jeunes dorment dans le petit jardin de l’hôpital et cherchent des endroits à l'hôpital pour s’abriter des agressions quotidiennes.

Les familles qui ont quitté leurs domiciles sous les bombes juste avec leurs affaires sur le dos bénéficient du soutien des bienfaiteurs qui distribuent de la nourriture pour la rupture du jeûne et du souhour. J’ai du mal à imaginer ce qu'il va advenir de ses familles sans abri dans quelques jours après la fin de l’agression.

Israël bombarde même les hôpitaux !

Cet après midi du lundi 21 juillet, alors que je discute avec le chef de service maternité dans son bureau, nous avons été informés des bombes larguées sur l’hôpital Al Aqsa au centre de Gaza. Bilan: 4 morts et plusieurs blessés. La panique au sein des équipes médicales de l’hôpital Shifa est devenue palpable. Ils sont inquiets du sort de leurs collègues mais aussi de leur propre sort parce qu’il n’y aucun lieu épargné par les attaques israéliennes. Autrement dit, à cause de cette agression, aucun havre de paix n’est disponible à Gaza, y compris dans les hôpitaux."
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Chronique d’une journée à l’hôpital Shifa de Gaza 


20 juillet 2014

Ce soir, j’ai une forte envie de pleurer. Pleurer tous ces enfants que j’ai vu aux urgences de l’hôpital Shifa à Gaza. Cette jeune fille qu’on n'a pas pu sauver malgré le massage cardiaque, les perfusions et l’intubation. J’ai vécu avec les sauveteurs les mêmes gestes chez plusieurs patients qui arrivent évanouis, voire dans les derniers instants de leurs vies. Nous essayons de les réanimer mais sans succès. Leur heure a sonné. Le destin à frappé, parfois trop fort. 

Quand la mort est confirmée, nous savons qu’il n’y a plus rien à faire. Les médecins dans un geste de colère et de désespoir retirent les tuyaux qu’ils ont mis autour du patient devenu martyre. Les photographes prennent des clichés de cette tragédie filmée en direct et transmise au monde entier et surtout au monde arabe-musulmun. 

Les feuilletons du Ramadan se sont, hélas, éclipsées face aux « prouesses » d’une armée inqualifiable. Je ne trouve aucun adjectif pour décrire cette armée et ses dirigeants. Mais, l’heure n’est pas à chercher un tel adjectif. Les israéliens connaissent bien les méfaits de l’injustice et savent ce qu'il advient des injustices. 

La gorge nouée

Aujourd’hui, nous sommes les médecins à la fin de la chaîne de massacre, de la récupération ou de la désolation. La prévention est aux mains des hommes politiques qui acceptent cyniquement cette mascarade. 

Je me demande comment certains dirigeants « sans prestige », peuvent dormir. Je parle surtout de ceux qui se disent arabes et/ou musulmans. Muselés par les affaires de l’argent et les compromissions, ils ne peuvent qu’afficher un profil bas, si ce n’est aucun profil du tout. 

Quant aux israélites et aux peuples dits civilisés en Occident, la plupart d’entre eux ont subi un lavage de cerveaux par les médias dominants. Ils ne considèrent plus les autres comme des êtres humains à part entière, d’où l’indifférence totale face à ces crimes. Leurs coeurs éprouveraient de la compassion si on massacrait des chiens ou des chats. 

Cette agression va certainement s’intensifier parce que les résistants sont mieux organisés. Mais comme les résistants sont considérés et nommés terroristes, Israel considère que la population les protège. Alors, il faut recourir à la technique de la terre brûlée. Je ne peux plus continuer à écrire. 

J’ai la gorge nouée. Je descends aux urgences…

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“L’impact de la violence”

zouhair lahna gaza carnet de bord

19 juillet 2014

La petite fille est allongée, les jambes fracturées et une plaie dans le ventre, elle doit avoir 6 ans environ, elle vient de perdre ses frères, ses sœurs et ses parents et quand on lui demande ce qu’elle a eu, elle répond : “je dormais et quand j’ai ouvert les yeux , je me suis retrouvée à l’hôpital entourée de médecins et d’infirmiers”. La psychologue lui prend la main et lui répète en notre présence que sa famille est montée au ciel, certainement au paradis et qu’elle ne devrait pas s’inquiéter, ceci apaise la petite qui regarde vers sa grand-mère. Cette dernière acquiesce avec sa tête tout en posant sur la petite fille un regard tendre et triste.

Je demande à Tahrir, la psychologue de l’hôpital Shifa ce que ressentent les gens lors des attaques violentes et quand les missiles surgissent, elle me répond que la plupart ne se rappelle pas, une femme lui dit que la dernière chose dont elle se souvient, c’est quand elle était en train d’étendre son linge, et puis plus rien, jusqu’à son réveil entourée de blouses blanches. Seules les blessures multiples par les éclats d’obus ou de missiles donnent des douleurs aiguës. Les grands éclats provoquent un évanouissement qui entraîne soit le décès soit une réanimation après un passage au bloc opératoire.

Dans les étages de chirurgie, alors qu’on cherchait avec mes collègues une fille qui a eu des dommages nerveux et osseux et par conséquent nécessitait plusieurs opérations, qui se feront vraisemblablement en Allemagne, j’ai trouvé un fonctionnaire qui m’a reconnu et m’apprit que sa fille était hospitalisée, cette dernière a reçu sur sa maison un missile de F16. Les palestiniens commencent à reconnaître la symphonie macabre jouée par l’armée israélienne, quand ils reçoivent un petit missile d’un drone sur la maison, ils attendent dans la foulée l’arrivée d’un plus gros et plus destructeur d’un F16.

La mère et ses trois enfants habitant une maison d’un seul niveau, un rez-de-chaussée seulement. Quand ils ont reçu le missile d’un drone, ils se précipitèrent pour sortir mais le second missile les rattrapa, alors il démolit la maison sur eux. Par miracle et destin, ils se retrouvent tous sous les débris de leur maison mais toujours vivants, la mère me dit qu’il ne lui restait que l’espace pour respirer, sinon tout son corps était enseveli, sauvée, choquée mais vivante, elle sait, autant que ses enfants, qu’ils viennent de naître une nouvelle fois.

Les palestiniens n’expliquent ceci que par l’intervention divine qui protège les innocents et prend ceux qu’elle souhaite, comme cet homme que j’ai rencontré et qui me raconte avec un sourire apaisant son acceptation du destin, que dix-huit personnes de sa famille ont péri depuis le début de cette agression. Des situations et un état d’esprit que je n’ai jamais rencontrés dans ma vie. Certes le fil qui sépare la vie et la mort est fin, cette fragilité prend toute sa dimension sous le ciel contrôlé et bombardé de Gaza.

En soignant les blessés et en écoutant leurs histoires, Il m’est toujours difficile de mesurer l’effet réel et le ressenti de quelqu’un qui reçoit un missile direct d’un drone ou d’un char ou encore un ou plusieurs de leurs projectiles sur son corps. Et encore moins ce qui peut bien se passer quand un individu se trouvant à la portée d’un missile plus puissant qui arrive d’un avion F16.

Dans ma petite chambre de l’hôpital Shifa ou quand je me suis aventuré à passer une nuit chez des collègues à Gaza ou à Khan Younès, j’ai bien évidemment entendu des explosions à un ou deux kilomètres et qui m’interpellaient à chaque fois, quand ces derniers sont à des distances plus proches et que la maison bouge, je sursaute de ma place ou de mon lit, restant coi quant à l’effet que pourrait bien occasionner l’explosion d’un missile à proximité. Ce que j’ai retenu des récits des blessés, que l’impact direct est tellement puissant qu’ils ne ressentent rien sur le coup. C’est bien plus tard que les douleurs apparaissent.

Telles sont les histoires de guerre forcément surréalistes et inhumaines et des situations extraordinaires qui ont permis aux palestiniens de Gaza d’encaisser dans leurs chairs et dans leurs demeures 10 000 tonnes d’explosifs environ…

Dr Zouhair Lahna

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Salamu'aleykoum, barakalahoufikoum d'avoir partagé ces chroniques avec nous ainsi que votre mot d'introduction. Je ne les aient pas encore lues, je préfère prendre mon temps ce soir bien tranquillement insha Allah et je suis enjoué à l'idée de les lire. Merci beaucoup !

Qassim a dit…

Bonsoir, Salam. Elle est si vraie votre remarque concernant la photo illustrant la poignée de main des deux médecins. Quand on partage le même humanisme, la barrière de la langue est très vite palliée tout simplement par une présence qui dit tout d'elle même. C'est une belle photo, pleine de dignité, de grandeur et d'espoir; Merci d'avoir partagé cela avec nous !