mardi 8 octobre 2013

Lettres ouvertes à M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie par Manuel de Diéguez


Première Lettre ouverte à M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie
Présentation
1 - Les confitures du ciel et les rôtissoires infernales
2 - Les Etats dans l'arène de la pensée
3 - Le débarquement du rire dans la politique internationale
4 - Le Japon
5 - La nouvelle distanciation intellectuelle
6 - Une révolution neuronale
7 - "Qui veut faire l'ange fait la bête" (Pascal)
Présentation

Les historiens souligneront que l'arrêt de mort de l'Europe aura été définitivement signé et paraphé à Genève le 14 septembre 2013 et que le Vieux Continent ne s'est jamais relevé d'un second Yalta. A l'occasion de plusieurs jours d'entretiens décisifs sur le sort de la Syrie ni la France, ni l'Angleterre ni, naturellement, l'Allemagne et l'Italie n'ont été admis à s'asseoir respectueusement sur des tabourets placés derrière deux souverains solitaires, la Russie et les Etats-Unis d'Amérique. Ce n'était pas une surprise pour le lecteur de ce site. Dès le mois de mai 2012, au rythme d'une par semaine, j'ai consacré sept lettres ouvertes au Président de la République à lui démontrer la fatalité de cette issue.

- La République et les enjeux intellectuels de l'histoire, Septième et dernière lettre ouverte au Président de la République , 8 décembre 2012
- La République et les enjeux intellectuels de l'histoire, Sixième lettre ouverte au Président de la République , 1er décembre 2012
- La République et les enjeux intellectuels de l'histoire, Cinquième lettre ouverte au Président de la République, 24 novembre 2012
- La République et les enjeux intellectuels de l'histoire, Quatrième lettre ouverte au Président de la République , 17 novembre 2012
- La République et les enjeux intellectuels de l'histoire, Troisième lettre ouverte au Président de la République , 10 novembre 2012
- La République et les enjeux intellectuels de l'histoire, Deuxième lettre ouverte au Président de la République , 3 novembre 2012
- La République et les enjeux intellectuels de l'histoire, Première lettre ouverte à M. François Hollande , 27 octobre 2012

Pourquoi la catastrophe diplomatique d'aujourd'hui est-elle irréversible ? Pour le comprendre, il faut se souvenir qu'en 1956, Churchill avait été renvoyé dans ses foyers et que l'expédition de Suez avait été conduite par deux nains, M. Anthony Eden et M. Guy Mollet. La menace ridicule de Moscou et de Washington d'une pulvérisation atomique de Paris et de Londres n'aurait jamais été proférée si le vieux lion s'était trouvé au timon des affaires - ne serait-ce que parce que l'homme au cigare aurait haussé les épaules ou éclaté de rire au spectacle d'un enfantillage diplomatique de ce calibre. Les nains ont les nerfs plus fragiles encore que leur cervelle. Mais la France et l'Angleterre tentaient de naviguer contre le vent de l'histoire: défendre des empires coloniaux agonisants, c'était ouvrir un champ immense à l'évangélisme politique d'un Attlee.

Neuf ans plus tôt, en 1947, la France n'aurait pas été absente du partage du monde lors de la deuxième conférence de Yalta entre Staline, Churchill et Truman si le Général de Gaulle n'avait été renvoyé à Colombey l'année précédente. Les moments cruciaux de l'histoire sont toujours pilotés en sous-main par le jeu de deux ou trois matous avec quelques souris. Mais, en 2013, il n'y a pas de Titan à retirer de l'échiquier au profit de tel ou tel cacique à Lilliput: une République entre deux âges est retournée se loger chez ses parents, les borgnes et les manchots de la IVe République.

Mais pourquoi une Europe à peine sexagénaire ne se relèvera-t-elle jamais de ce désastre diplomatique? Parce que, sur tout le Vieux Continent, les élections sont devenues locales, ce qui enfante fatalement un tour d'esprit municipal et viscéralement étranger à la connaissance du monde. On le voit bien aux gémissements d'enfants abandonnés qui montent de la "morne plaine" de Waterloo: on sanglote de ce que les Etats-Unis se retirent lentement de l'Europe pour se tourner progressivement vers l'Asie au lieu de saluer avec des bondissements de joie une occasion aussi inespérée de libérer le continent des cinq cents bases militaires de l'étranger incrustées sur son sol depuis soixante dix ans.

Toute la classe politique européenne n'a même plus le bon sens de comprendre qu'il n'y aura jamais d'Europe politique aussi longtemps que Ramstein, Naples, ou Sigonella demeureront occupées par les troupes américaines. Une civilisation atteinte d'un tel degré de cécité apeurée s'expulse elle-même du théâtre du monde.

Dans ce contexte, la Russie voit un vide fécond s'ouvrir à son destin, celui du sauveur d'une civilisation en cours d'éjection de l'arène. Ce sont les pièces de l'échiquier et les règles mêmes du jeu qui se trouvent changés, parce que la scène internationale est devenue le territoire d'un regard d'anthropologue sur l'espèce. C'est cette vue de l'extérieur sur le champ de bataille que M. Vladimir Poutine a comprise - il suffit pour s'en convaincre de lire la lettre imaginaire qu'il a adressée la semaine dernière au pape François.


Aujourd'hui et la semaine prochaine, je tenterai d'observer le tournage de ce film et de mettre la main sur la caméra. 

Lire la suite de la première lettre sur http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/actualite/poutine.htm

Deuxième Lettre ouverte à M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie

Avant-propos
1 - La balance à peser les têtes
2 - La décérébration politique de l'Europe
3 - Un salmigondis d'Etats
4 - La diplomatie du blocus et la sottise nucléaire
5 - La cervelle du cyclope
6 - Eloge de l'ironie
7 - Le cyclope de la démocratie
Avant-propos

Pourquoi l'Europe assise entre deux chaises est-elle une utopie condamnée au désastre politique, sinon tout simplement parce qu'on ne saurait se vouloir tout ensemble souverain et satellisé, fier à bras et enrubanné, hôte et majordome, harnaché de grandeur et valet d'écurie? Toute vocation exige la fierté d'un élan et d'un souffle solitaires. Il n'y a pas d'ambition sans un ennemi clairement désigné. L'Europe des aveugles tressera longtemps encore des couronnes massives à son vainqueur.

Par bonheur, la Russie rescapée du paradis soviétique occupe un centre stratégique inexpugnable, parce qu'elle a l'expérience du conflit millénaire qui oppose les encéphales célestiformes aux cervelles municipales. Son alliance avec le bolide qu'on appelle la Chine lance un pont géant entre l'Occident des Ames mortes de Gogol et l'Orient de demain, tandis que son voisinage avec l'Iran et la Syrie lui ouvre les portes du monde arabe et de l'Afrique. Ce sera la rivalité "théologique" de Moscou avec les Etats-Unis qui pilotera la vie spirituelle du simianthrope du XXIe siècle, parce que la littérature messianisée par Dostoïevski et Tolstoï hiérarchisera les esprits. Puisse l' alliance du Kremlin avec Rome nous rappeler qu'il n'y a pas de civilisation sans une philosophie de l'ascension des âmes.

Quand l'Europe secouera le joug des affameurs du monde, quand elle sera convaincue que l'avenir de la Russie est dans l'alliance du génie visionnaire qui l'inspire avec les Etats qui auront recouvré leur souveraineté - ce qui exigera qu'ils aient expulsé l'occupant de leur territoire, et cela par la force au besoin - quand nous commencerons de comprendre la chute de la démocratie dans le despotisme, la Russie deviendra le point focal du nouveau Discours de la méthode - celui qui approfondira la connaissance anthropologique de l'inconscient religieux des démocraties messianisées par le vain bavardage de l'occupant. 

Lire la suite de la deuxième lettre sur http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/actualite/poutine2.htm

Troisième Lettre ouverte à M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie
Avant-propos
1 - Les premiers pas de l'ironie sur la scène internationale
2 - Le pacte d'alliance de l'ironie avec l'épouvante
3 - L'avenir de " Dieu " est entre nos mains
4 - Dieu et la politique de la Russie
5 - Les démocraties infernales
Avant-propos

Pourquoi les fidèles d'une religion ignorent-ils comment leur Eglise fonctionne dans le temporel et pourquoi ferment-ils les yeux sur les rouages politiques de l'évangélisme? Voilà une interrogation qui ressortit à la psychologie des croyances protectrices. Que deux siècles après la révolution de 1789, les citoyens ne veuillent pas examiner à la loupe les ressorts et les rouages terrestres des républiques de crainte que leur croyance en la démocratie idéale se trouve ébranlée est moins compréhensible.

Mais ni l'école des sciences politique, ni l'école nationale d'administration n'enseignent les mécanismes qui guident l'expansion militaire et la chute financière des empires. De l'école primaire à l'université, les professeurs d'histoire évangélisent le récit des évènements à l'écoute d'une catéchèse de la candeur - le livre d'heures et le missel d'un "pacte républicain" en résument les axiomes. La classe politique qui aura passé par le moule d'une vision doctrinale de ce genre se nourrira d'un mythe, celui de la Liberté; du coup, l'histoire simiohumaine ne deviendra intelligible qu'à la lumière d'une anthropologie critique.

On vient, une fois de plus, d'observer la sous-information politique d'une classe dirigeante infantilisée par des séminaristes laïcisés et qui déverse des phalanges de néophytes sur une scène internationale pré-idéalisée, donc cléricalisée en sous-main. La mise hors jeu, à Damas, de la France, et de l'Europe par une Russie et une Amérique hégémoniques fait jouer à l'Elysée le rôle d'un petit apôtre de paroisse.

Je consacrerai prochainement une analyse à la formation, à partir de la fin du XVIIIe siècle, d'une classe politique issue du creuset des docteurs de Sorbonne d'aujourd'hui. Comment une histoire prêchée à l'usage des évangélistes d'une démocratie auto-apologétique a-t-elle passé du modèle chrétien de la foi au modèle démocratique de l'esprit de dévotion des modernes, qui messianisent des abstractions proclamées salvifiques? Quel changement de confessionnal du salut mais non de l'esprit de rédemption que véhiculent maintenant des idéalités! La raison idéologique messianise des concepts. Une orthodoxie du langage a succédé aux méthodes de pensée de la théologie. Cette mutation mondiale du système d'éducation de la classe dirigeante et ce remplacement des mythes révélés par des mots sacralisés sont-ils inscrites dans le capital psychogénétique des anges au cerveau schizoïde ou résultent-ils d'une maladie guérissable par une thérapeutique appropriée à cette pathologie?

Il est trop tôt pour trancher cette difficulté médicale. En revanche, il est démontré que l'expérience historique des séraphins de la démocratie est un remède inefficace: personne, depuis trois quarts de siècle ne s'étonne de l'incrustation, dans les républiques, d'un demi millier de garnisons américaines qui n'y ont pas été appelées par le suffrage universel et dont l'expulsion n'est pas de la compétence du vote populaire.

Après la première guerre du Golfe, la conférence de Madrid a débouté l'Europe de ses prétentions à jouer sur la scène diplomatique de la planète ; après la seconde guerre du Golfe, Washington s'est offert le luxe d'aligner les petits chefs d'Etat du Vieux Continent sur le perron de la Maison Blanche. En 1990, on a vu M. Bush les rassembler à nouveau tout joyeux, mais dans son ranch et en gamins amusés de se mettre un chapeau de cow-boy sur la tête . Enfin en 2012 ils se sont docilement pelotonnés à Chicago autour d'un Barack Obama en bras de chemise
Caligula et son cheval à Chicago , Le messianisme démocratique, 20 mai 2012.
Qui peut s'imaginer un seul instant que Washington en viendra à prendre au sérieux des enfants de chœur convertis à ses prières? Un apostolat au service des brûle-parfum du mythe de la Liberté a pris la relève des anciens sacrifices.

Dans la troisième lettre à M. Poutine qu'on lira ci-dessous, je prends acte de ce que le malade est frappé d'une dichomie cérébrale incurable et que si la Russie ne prenait pas la relève de la France du XVIIIe dans la mission d'éducatrice politique et intellectuelle de l'Europe, ce continent connaîtra les félicités parfumées des naufrages cérébraux.

Lire la suite de la troisième lettre sur http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/actualite/poutine3.htm

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